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CEPÉUCentre d’Enseignement de la Philosophie Éternelle et Universelle
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Article

L’attente

Centre EPÉU · Château de Villereglan · Publié le 2 octobre 2026

La guérison commence au moment exact où vous cessez d’attendre que quelqu’un s’occupe de vous. Cette phrase paraît dure. C’est en réalité la plus douce qui soit, parce qu’elle vous rend ce que vous aviez remis entre d’autres mains : votre propre vie.

Pour le comprendre, il faut regarder d’où vient l’attente.

Un enfant attend, et c’est juste. Il attend que sa mère dise oui : qu’elle nourrisse, qu’elle console, qu’elle accueille. Il attend que son père dise non : qu’il protège, qu’il pose la limite, qu’il tienne debout. Ces deux forces, le oui et le non, construisent l’adulte (fig. 1). Quand l’une a manqué, l’autre a manqué aussi. L’enfant reste alors en attente de ce qu’il n’a pas reçu : « je t’aime », « je suis fier de toi », « pardonne-moi ». Cette attente n’a pas d’âge. Je la retrouve intacte à quarante ans, à soixante ans. Elle est tournée vers un conjoint, un ami, un praticien, un inconnu, parfois vers l’invisible lui-même. La personne ne le sait pas. Elle sait seulement qu’elle n’est pas en paix, et elle espère que quelqu’un viendra un jour.

La mère est le oui, le père est le non : ensemble, ils font l'adulte
Fig. 1

Chez une personne perceptible, l’attente prend une forme particulière. C’est là que le sujet devient plus difficile.

Une personne perceptible capte. Elle reçoit ce qui vient des autres, des lieux, des situations, bien au-delà de ce que ses cinq sens lui montrent. Au Centre EPÉU, nous appelons cela la PPA, la perception accrue. Ce n’est pas une maladie, et ce n’est pas un privilège. C’est une capacité. Comme toute capacité, elle demande à être comprise, analysée et dirigée. Tant qu’elle ne l’est pas, elle entre sans contrôle. Tout arrive en même temps : la fatigue de l’un, la colère de l’autre, le poids d’une pièce, le trouble d’une conversation. La personne ne trie pas. Elle ne sait pas ce qui est à elle et ce qui ne l’est pas. Elle prend tout sur elle, et elle rentre vide.

C’est ce que l’on appelle couramment l’hypersensibilité. Le mot est faux, et il rend malade. Il décrit la personne comme la victime de sa propre nature, alors qu’elle se trouve devant une perception non contrôlée. Tout l’espoir est dans cet écart : on ne guérit pas d’une nature, mais on apprend à diriger une perception.1

Voici maintenant le point où l’attente et la perception se rejoignent. C’est là que la chute se produit.

La personne perceptible qui n’a pas dirigé sa perception vit dans l’épuisement et la confusion. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive. Elle cherche une cause à l’extérieur : une attaque, une personne malveillante, un lieu chargé, une énergie. Et parce que l’enfant en elle attend encore, elle cherche aussi quelqu’un pour la sauver : quelqu’un qui la protégera, qui enlèvera ce qu’elle porte, qui lui dira enfin que tout ira bien. Elle passe d’une explication à l’autre, d’une main à l’autre. Chaque fois elle espère. Chaque fois elle repart avec le même poids (fig. 2). C’est cela, la chute vers l’hypersensibilité. Ce n’est pas une perception plus forte. C’est une perception sans direction, mise au service d’une attente qui ne finit jamais.

Elle passe d'une personne à l'autre et repart chaque fois avec le même poids
Fig. 2

Regardons l’hypothèse contraire, car elle est légitime. Ne peut-on pas être porté par un autre, au moins un temps ? Si. La présence d’une personne juste et sa parole peuvent ouvrir une porte. Mais personne n’ouvre ni ne ferme la perception de quelqu’un d’autre. Personne ne dirige le mental d’un autre à sa place.2 L’autre peut montrer. Il ne peut pas faire. Celui qui attend qu’on fasse pour lui reste assis, et la porte qu’on lui a montrée se referme.3

La guérison commence donc au moment où vous retirez votre demande. Vous ne vous durcissez pas, et vous ne vous coupez pas des autres. Vous reprenez votre place : celle d’un adulte qui n’a plus besoin qu’on vienne pour exister. Ce que vous attendiez d’une mère, vous vous le donnez : l’accueil, la douceur, le oui. Ce que vous attendiez d’un père, vous vous le donnez aussi : la limite, le non, la protection. Et c’est justement ce non qui vous manquait devant votre perception. Une personne qui sait dire non à ce qui entre n’est plus envahie. Elle capte toujours, elle capte même davantage, mais elle trie (fig. 3). Elle sait ce qui est à elle. Elle tourne le dos à ce qui s’en prend à elle, comme elle le ferait dans la vie ordinaire, et elle place son attention ailleurs, avec force.

Sans direction, tout entre ; avec le non, la personne trie ce qui est à elle
Fig. 3

Ce travail commence par les mots. Celui qui dit « quelque chose me bloque » parle d’une chose qu’il ne voit pas, et ce que l’on ne voit pas ne se change pas. Celui qui dit « je suis hypersensible » s’est déjà déclaré victime. Celui qui dit « ma perception est entrée sans que je la dirige » a déjà commencé à la diriger. La perception commence à changer au moment où vous observez les mots que vous employez (fig. 4).

Trois phrases, trois postures : ne pas voir, se dire victime, commencer à diriger
Fig. 4

Vient ensuite la règle que le Centre place avant tout commencement, et qu’il nomme l’âme du travail : quoi qu’il arrive, rien n’a d’importance ; c’est votre humeur qui décide de demain. La personne perceptible qui l’a comprise ne se demande plus ce qui l’a touchée dans la journée. Elle se demande dans quel état elle choisit de se coucher. Elle revit sa journée, elle retourne en positif ce qui était négatif, et elle prépare le lendemain.4 Dans ce mouvement, elle n’attend personne.

Mais comment voir ce que l’on ne voit pas ? C’est ici que la mémoire fait défaut. Elle oublie, elle arrange, elle excuse. Le Δ Delta-Score, lui, n’oublie rien. C’est pour cela qu’il existe. Trois fois par jour, le matin, à midi et le soir, vous notez ce que vous êtes, sans réfléchir : votre clarté, votre émotion, votre cohérence, votre sommeil, votre résilience. Le journal des activités garde ce que vous avez fait. Le journal intime garde ce que vous avez pensé. Les actes du jour gardent ce que vous avez cédé, évité, décidé ou reporté. Au bout de quelques semaines, votre comportement de chaque jour est devant vous, tel qu’il est, et non tel que vous le racontez (fig. 5). Noûma lit cette matière et vous la renvoie : il décrit ce qui se passe chez vous, il ne conseille pas, il pose des questions.

Noter son état trois fois par jour : au bout de quelques semaines, ses jours sont devant soi
Fig. 5

Vous pouvez faire ce chemin seul. Vous pouvez aussi le faire avec une praticienne, par le Cabinet. Elle est alors présente sur votre téléphone, elle lit les mêmes mesures que vous, et elle explique et guide cette observation de vous-même. Dans les deux cas, le principe est le même. Personne ne vous dit qui vous êtes. Vos propres jours vous le montrent, et c’est devant eux que vous décidez.

Alors la perception change de nature. Elle n’est plus un fardeau, elle devient un instrument. Vous ne captez plus pour souffrir : vous captez pour voir. Et ce que vous voyez, vous le gardez pour vous, sans demander à un autre ce que cela veut dire, parce que tout ce qui vient d’au-delà de la dimension humaine est pour vous seul.5

La guérison n’est pas le jour où quelqu’un vient. C’est le jour où vous découvrez que personne n’avait à venir, et que vous teniez debout depuis le début.

M. Mischa Harmeijer, Centre EPÉU

Références

1.Albert-Louis Caillet, Aperçu général sur le Traitement mental, 1912 ; réédition Éditions Pongh! — Les livres du Centre.

2.Albert-Louis Caillet, Traitement mental et culture spirituelle, 1912 ; réédition Éditions Pongh! — Les livres du Centre.

3.La Bhagavadgîtâ, traduction d’Émile Senart, 1922 ; réédition Éditions Pongh! — Les livres du Centre.

4.Trois Initiés, Le Kybalion, 1908 ; traduction française, Éditions Pongh! — Les livres du Centre.

5.Hermès Trismégiste, Corpus hermétique, traduction de Louis Ménard, 1866 ; réédition Éditions Pongh! — Les livres du Centre.

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