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CEPÉUCentre d’Enseignement de la Philosophie Éternelle et Universelle
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Apprendre à observer

Centre EPÉU · Château de Villereglan · Publié le 7 octobre 2026

Faisons une expérience. Demain, comptez combien de fois vous dites « ça ne va pas » avant le soir. Vous pouvez le dire tout haut ou seulement le penser : les deux comptent.

Beaucoup de personnes à la perception accrue me disent cette phrase. Ce qu’elles perçoivent les traverse avec trop de force. Alors elles le constatent, le matin, le soir, et souvent entre les deux.

Maintenant, regardez la fig. 1. C’est un escalier. Le matin, vous êtes en haut. Chaque fois que vous dites la phrase, vous descendez une marche. Vous n’avez rien fait d’autre que parler, et le soir vous êtes assis en bas.

Chaque fois qu'on dit « ça ne va pas », on descend une marche
Fig. 1

La phrase ne vous a pas calmé. Elle ne vous a rien expliqué. Elle vous a seulement fait descendre. Constater chaque jour un déséquilibre, c’est s’y installer. Je pense que vous le sentiez déjà.

Vos jours ne se ressemblent pas

Vous le sentiez pour une bonne raison : vous n’êtes pas toujours en bas de l’escalier. Certains jours, vous avez la même vie, et elle pèse moins. Ce que vous percevez ne vous submerge pas.

Regardez la fig. 2. Vos jours ressemblent à des collines. Aujourd’hui, vous êtes peut-être dans le creux. Mais derrière vous, il y a un sommet : un jour meilleur, qui a vraiment eu lieu. Et devant vous, il y en a un autre.

L'état bascule : le mieux est déjà arrivé, il reviendra
Fig. 2

On oublie le plus souvent ce fait. C’est pourtant ce que vous savez de plus utile : le mieux est déjà arrivé chez vous, et il reviendra.

La question que personne ne se pose

Alors je vous pose une question simple. Le dernier jour où vous étiez en haut de la colline, qu’est-ce qui était différent ? Dans quel état étiez-vous juste avant ? Qu’est-ce qui vous avait mis dans cet état ?

Presque tout le monde me répond : « je ne sais pas ».

C’est normal. Personne ne regarde. Les mauvais jours, on les subit. Les bons jours, on les consomme. On n’étudie ni les uns ni les autres. Cela peut durer des années, sans que personne ait regardé une seule fois.

Une tasse tombe

La solution tient en un mot : observer. C’est un petit mot, et il demande beaucoup.

Observer, ce n’est pas analyser. Ce n’est pas lutter. Ce n’est pas se répéter que cela ne va pas. C’est regarder ce qui se passe, puis regarder sa propre réaction.

Regardez la fig. 3. Une tasse tombe de la table : c’est l’événement. Au milieu, quelqu’un lève les bras : c’est la réaction. Ce sont deux choses différentes, même si elles arrivent presque en même temps.

Regardez maintenant le personnage de droite. C’est la même personne, un pas en arrière. Elle voit la tasse, et elle voit sa réaction. Celui qui voit les deux n’est déjà plus entièrement pris dans la seconde.

Deux choses distinctes : ce qui se passe, et ma réaction
Fig. 3

Dessinez une feuille

Vous pensez peut-être que tout le monde sait regarder, puisque tout le monde a des yeux. Faisons une deuxième expérience.

Prenez un crayon et dessinez de mémoire une feuille d’arbre. Ensuite, allez en chercher une vraie et posez-la à côté de votre dessin.

Regardez la fig. 4. En haut, la feuille que l’on croit connaître. En bas, la feuille qui est là, avec ses bords irréguliers, ses nervures et son petit trou. Vous aviez une idée de la feuille, et cette idée remplaçait ce que vous voyiez.

Dessiner d'après nature : la main force l'œil
Fig. 4

Observer est donc une capacité. Comme toute capacité, on ne l’a pas d’avance. Elle s’apprend, et elle demande de la pratique.

Les anciens avaient une école pour cela : le dessin d’après nature. Vous vous asseyez devant un arbre, une pierre ou un insecte, et vous dessinez ce qui est là. Le résultat n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est que la main force l’œil : elle vous oblige à regarder la chose telle qu’elle est, ligne après ligne, aussi longtemps qu’il le faut.

Ce temps passé dans la nature calme ce qu’aucune plainte répétée n’a jamais calmé. Une heure par semaine devant un arbre, un crayon à la main, vous apprend plus sur l’observation que des années passées à constater que cela ne va pas.

Le soir, regardez votre journée

Le même geste se tourne ensuite vers vous.

Le soir, repassez votre journée dans votre tête, comme un film. Vous n’êtes pas l’acteur : vous êtes assis dans la salle. Vous ne ruminez pas, vous regardez. Regardez la fig. 5 : vous vous voyez de loin, comme vous verriez une autre personne.

Posez-vous alors les questions du dessin. Qu’a fait cette personne aujourd’hui ? Avec qui ? Où ? Dans quel état ? Dans quelles circonstances ? Et la question qui change tout : l’a-t-elle choisi, ou l’a-t-elle subi ?

Le soir, revoir sa journée comme on regarderait une autre personne
Fig. 5

Vous découvrirez votre journée comme vous avez découvert la feuille. Vous pensiez la connaître, et vous ne l’aviez pas regardée.

Écrivez-le

Il reste une chose à faire : l’écrire. La mémoire déforme ce qu’elle garde, un peu comme votre premier dessin de la feuille.

Écrivez avec précision. « J’étais mal » n’apprend rien. « À trois heures, après une réunion, j’avais la gorge serrée » apprend quelque chose. Une note vague n’apprend rien. Un fait précis apprend toujours.

Le journal de l’application Δ Delta-Score a été fait pour cela. Vous y écrivez quelques lignes chaque soir : ce que vous avez fait, avec qui, où, dans quel état, choisi ou subi. À côté, il y a votre relevé quotidien. Au bout de quelques semaines, ses courbes vous montrent ce qu’une impression ne montre jamais : ce qui vient avant vos bons jours, et ce qui vient avant les autres.

Parfois vous trouverez ce qui a précédé un bon jour. Parfois vous ne trouverez rien : le mieux est venu, et rien ne l’explique. Notez-le aussi. Cela arrive, et cela mérite d’être vu.

Tout cela demande quelques minutes par jour. C’est justement pour cela qu’on ne le fait pas : la discipline paraît trop petite pour un problème que l’on sent grand. C’est le contraire qui est vrai.

On ne sort pas d’un état en le maudissant. On en sort en le comprenant. Et comprendre commence par apprendre à observer.

M. Mischa Harmeijer, Centre EPÉU

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